# Chat sibérien et allergie, est-il vraiment hypoallergénique ?
Les allergies aux chats touchent environ 10 à 20 % de la population mondiale, créant un obstacle majeur pour les amoureux félins. Le chat sibérien s’est imposé ces dernières années comme une solution potentielle pour ces personnes sensibilisées. Originaire des forêts froides de Russie, ce majestueux félin au pelage luxuriant possède une particularité biologique fascinante : il produit naturellement moins d’allergènes que les autres races félines. Cette caractéristique soulève une question légitime : peut-on réellement qualifier le sibérien de chat hypoallergénique, ou s’agit-il d’une promesse excessive ? La réalité scientifique derrière cette réputation mérite une analyse approfondie pour comprendre les mécanismes allergéniques, évaluer le potentiel réel de cette race pour les personnes sensibles, et déterminer les conditions optimales de cohabitation.
Protéine fel d 1 : l’allergène majeur présent chez le chat sibérien
La protéine Fel d 1 représente le principal responsable des réactions allergiques chez 80 à 95 % des personnes sensibles aux chats. Cette glycoprotéine sécrétée par les félins domestiques constitue l’allergène dominant, bien avant les autres protéines allergéniques identifiées comme Fel d 2, Fel d 4 ou Fel d 7. Contrairement à une idée reçue tenace, ce n’est pas le poil du chat qui provoque les allergies, mais bien cette protéine microscopique qui se dépose sur le pelage lors du toilettage quotidien. Une fois séchée, elle devient aéroportée et peut persister dans l’environnement pendant plusieurs mois, même après le départ du chat. Les particules de Fel d 1 mesurent entre 1 et 10 microns, ce qui leur permet de rester en suspension dans l’air pendant des heures et de pénétrer profondément dans les voies respiratoires.
Structure moléculaire et mécanisme de production de la glycoprotéine fel d 1
La protéine Fel d 1 possède une structure dimérique composée de deux chaînes polypeptidiques distinctes. Cette glycoprotéine de faible masse moléculaire (environ 38 kilodaltons) présente une stabilité remarquable dans l’environnement, résistant à la dégradation enzymatique et aux variations de température. Sa fonction biologique chez le chat demeure encore partiellement mystérieuse pour les chercheurs, bien que certaines études suggèrent un rôle dans la communication phéromonale entre félins. La production de Fel d 1 est régulée par des facteurs hormonaux complexes, impliquant notamment les androgènes, ce qui explique les variations observées selon l’âge et le statut reproductif de l’animal.
Taux de sécrétion de fel d 1 chez le chat sibérien comparé aux autres races félines
Les études menées par Siberian Research Inc ont révélé des différences significatives entre les races félines concernant la production de Fel d 1. Le chat sibérien sécrète en moyenne 200 à 2000 nanogrammes de Fel d 1 par gramme de poil, tandis que les chats domestiques standards atteignent généralement 5000 à 15000 nanogrammes par gramme. Cette réduction de 50 à 75 % constitue une diminution substantielle du potentiel allergénique. Cependant, la variabilité individuelle reste considérable : certains sibériens produisent des niveaux très bas (moins de 200 ng/g), tandis que d’autres approchent les 3000 ng/g. Ces variations dépendent de facteurs génétiques
Ces variations dépendent de facteurs génétiques, de l’âge, du sexe, mais aussi de l’état hormonal (animal entier ou stérilisé) et de l’environnement. Chez le chat sibérien, plusieurs lignées semblent associées à une sécrétion particulièrement basse de Fel d 1, ce qui explique pourquoi, au sein d’une même portée, certains chatons seront très bien tolérés par une personne allergique alors que d’autres provoqueront des symptômes. C’est cette hétérogénéité individuelle qui rend indispensable un test au cas par cas plutôt que de se fier uniquement à la réputation “hypoallergénique” de la race.
Distribution de l’allergène dans la salive, les glandes sébacées et l’urine
La protéine Fel d 1 est produite principalement par les glandes salivaires, sébacées et, dans une moindre mesure, par les glandes lacrymales et périanales. Lors du toilettage, le chat sibérien dépose sa salive chargée de Fel d 1 sur son pelage, qui devient alors un véritable vecteur d’allergènes. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la longueur ou l’abondance de la fourrure n’augmente pas la production de Fel d 1, mais facilite plutôt sa diffusion dans l’environnement. L’urine contient également de l’allergène, ce qui explique pourquoi la litière constitue un foyer majeur d’exposition pour les personnes sensibles.
Une fois déposée sur le poil ou sur la peau, Fel d 1 se détache en micro-particules et se fixe sur les poussières domestiques, les textiles, les tapis et les meubles rembourrés. Ces particules extrêmement légères restent en suspension prolongée dans l’air et se déposent sur les surfaces, y compris dans les pièces où le chat sibérien ne va jamais. Même en l’absence d’un contact direct avec l’animal, on peut donc être exposé à d’importantes quantités d’allergènes félins. C’est pour cette raison que le contrôle de l’environnement, au-delà du choix d’un chat hypoallergénique, joue un rôle déterminant dans la gestion de l’allergie.
Études scientifiques quantitatives sur les niveaux de fel d 1 du neva masquerade
Le Neva Masquerade, variété colourpoint du chat sibérien, suscite une question fréquente : ses niveaux de Fel d 1 sont-ils comparables à ceux du sibérien “traditionnel” ? Les données disponibles, encore limitées, tendent à montrer que le Neva Masquerade présente des profils de sécrétion similaires, avec une large plage de valeurs s’étendant de moins de 200 ng/g de poil à plusieurs milliers de ng/g. Des travaux pilotes menés dans le cadre de programmes comme Siberian Research Inc. et des études universitaires (notamment à UC Davis) n’ont pas mis en évidence de différence systématique entre les robes colourpoint et les robes “classiques” sur le plan allergénique.
En pratique, cela signifie que l’on ne peut pas choisir un Neva Masquerade en se fiant uniquement à sa couleur ou à ses yeux bleus en espérant qu’il soit plus hypoallergénique. Ce sont plutôt les lignées et l’individu lui-même qui comptent. Certains éleveurs sérieux font mesurer le Fel d 1 dans la salive ou sur le poil de leurs reproducteurs, ce qui permet de repérer des familles de chats à faible sécrétion et de proposer aux personnes allergiques des chatons issus de mariages particulièrement “low Fel d 1”. Pour vous, futur adoptant allergique, l’important est donc de demander ces informations chiffrées quand elles existent, ou à défaut, de réaliser un test d’exposition avec le chaton pressenti et ses parents.
Réponse immunologique IgE et manifestations cliniques chez les allergiques
Comprendre pourquoi un chat sibérien déclenche (ou non) des symptômes chez une personne allergique implique de se pencher sur la réponse immunologique IgE-dépendante. Lorsque vous êtes sensibilisé à Fel d 1, votre organisme fabrique des anticorps spécifiques de type IgE qui reconnaissent cette glycoprotéine comme un “ennemi”. Au moindre contact avec l’allergène, ces IgE déclenchent une cascade de réactions aboutissant à la libération de médiateurs inflammatoires responsables des signes cliniques : éternuements, démangeaisons, crise d’asthme, eczéma, etc. Même si le chat sibérien produit moins de Fel d 1, cette réponse peut se manifester dès que la “dose seuil” propre à chaque individu est dépassée.
Mécanisme de sensibilisation des mastocytes et libération d’histamine
La sensibilisation allergique repose sur l’activation des mastocytes et des basophiles, cellules du système immunitaire riches en granules d’histamine. À la première exposition à Fel d 1, chez une personne génétiquement prédisposée, le système immunitaire fabrique des IgE spécifiques qui viennent se fixer comme des “antennes” à la surface de ces cellules. Cette phase, silencieuse cliniquement, peut durer des mois ou des années sans le moindre symptôme observable.
Lors des contacts ultérieurs avec Fel d 1, l’allergène se lie à ces IgE fixées sur les mastocytes et provoque leur “pontage”. Cette double liaison agit comme un interrupteur : la cellule se dégranule et libère instantanément de grandes quantités d’histamine et d’autres médiateurs (leucotriènes, prostaglandines, cytokines). L’histamine augmente la perméabilité vasculaire, provoque un œdème des muqueuses, stimule la sécrétion de mucus et peut entraîner un bronchospasme. C’est ce mécanisme qui, à l’échelle microscopique, se traduit pour vous par un nez qui coule, des yeux rouges ou une respiration sifflante après avoir caressé un chat ou simplement partagé la même pièce.
Symptômes respiratoires : rhinite allergique et asthme félin-induit
Les manifestations respiratoires constituent de loin les symptômes les plus fréquents de l’allergie au chat, qu’il s’agisse d’un chat sibérien ou d’une autre race. La rhinite allergique se traduit par des éternuements en salves, un écoulement nasal clair, une congestion, des démangeaisons nasales et parfois une sensation de pression sinusienne. Ces signes apparaissent souvent rapidement, en quelques minutes ou quelques heures après l’exposition à Fel d 1, et peuvent persister plusieurs jours si l’environnement reste riche en allergènes.
L’asthme induit par les allergènes félins correspond à une inflammation chronique des bronches. Chez les personnes asthmatiques, la présence d’un chat, même hypoallergénique, peut favoriser les crises si les précautions ne sont pas strictement respectées. La symptomatologie associe toux sèche, respiration sifflante, oppression thoracique et dyspnée (sensation de manque d’air). C’est pourquoi les allergologues restent prudents lorsqu’un patient asthmatique souhaite adopter un chat sibérien : un bilan respiratoire, des tests spécialisés et une discussion approfondie sur les mesures environnementales sont indispensables avant de se lancer.
Réactions cutanées : urticaire de contact et dermatite atopique
Chez certains allergiques, le contact direct avec la salive ou le pelage du chat sibérien entraîne des réactions cutanées immédiates. L’urticaire de contact se manifeste par l’apparition de plaques rouges, surélevées, très prurigineuses, parfois accompagnées de brûlures locales. Ces lésions surviennent souvent sur les zones exposées : mains, avant-bras, visage ou cou après des caresses ou un léchage. Elles ont tendance à disparaître spontanément en quelques heures, mais peuvent être fréquentes si les contacts sont répétés.
La dermatite atopique, quant à elle, correspond à une inflammation chronique de la peau sur un terrain allergique généralisé. Le rôle des allergènes félins, dont Fel d 1, est bien documenté comme facteur aggravant. Les patients atopiques peuvent voir leurs plaques d’eczéma s’intensifier après l’introduction d’un chat à la maison, même s’il s’agit d’un chat sibérien à faible sécrétion. Des démangeaisons nocturnes, des lésions suintantes et des surinfections cutanées peuvent alors apparaître. Dans ces situations, un suivi dermatologique et allergologique conjoint est recommandé pour adapter les traitements et évaluer la faisabilité de la cohabitation.
Tests diagnostiques : prick-test et dosage des IgE spécifiques anti-fel d 1
Pour savoir si vos symptômes sont bien liés à une allergie au chat, la consultation chez un allergologue est essentielle. Deux outils principaux sont utilisés : le prick-test cutané et le dosage sanguin des IgE spécifiques. Le prick-test consiste à déposer une goutte d’extrait allergénique standardisé (chat) sur la peau de l’avant-bras, puis à la faire pénétrer très légèrement à l’aide d’une micro-aiguille. L’apparition rapide (en 15 à 20 minutes) d’une papule rouge prurigineuse, comparée à un contrôle positif (histamine) et négatif, signe une sensibilisation.
Le dosage sanguin des IgE spécifiques anti-Fel d 1 permet de mesurer finement le niveau de sensibilisation à cet allergène majeur. Des laboratoires proposent aujourd’hui des panels détaillés, capables de distinguer la réponse à différentes molécules félines (Fel d 1, Fel d 2, Fel d 4, etc.). Cette approche dite “diagnostic allergologique moléculaire” est particulièrement intéressante chez les candidats à l’adoption d’un chat sibérien. Elle permet d’identifier les personnes principalement sensibles à Fel d 1, pour lesquelles un chat à faible sécrétion sera potentiellement mieux toléré, et celles qui réagissent aussi à d’autres allergènes félins pour lesquelles le bénéfice d’un sibérien hypoallergénique sera plus limité.
Analyse comparative des races félines à faible potentiel allergénique
Le chat sibérien n’est pas la seule race à être présentée comme “hypoallergénique”. Balinais, Cornish Rex, Devon Rex, Sphynx ou encore Peterbald sont également mis en avant pour les personnes allergiques. Pourtant, toutes ces races ne reposent pas sur le même mécanisme : certaines produisent réellement moins de Fel d 1, d’autres dispersent différemment l’allergène dans l’environnement. Comparer ces races permet de mieux comprendre en quoi le chat sibérien se distingue, et dans quels cas il peut constituer un choix particulièrement pertinent.
Balinais et javanais : corrélation génétique avec le chat sibérien
Les chats Balinais et Javanais (Longhair Oriental) sont parfois qualifiés de “Siamois à poil long” et font l’objet, comme le sibérien, de discussions autour de leur caractère hypoallergénique. Certaines études ont mis en évidence chez eux des niveaux moyens de Fel d 1 inférieurs à ceux des chats domestiques standard, mais supérieurs à ceux des meilleurs lignées sibériennes. Une hypothèse avancée est l’existence de variations génétiques communes affectant la régulation de la glycoprotéine Fel d 1, même si les données restent aujourd’hui trop parcellaires pour conclure à un lien direct entre ces races.
Sur le plan pratique, les retours de propriétaires allergiques sont très variables pour ces races orientales : certains les tolèrent bien, d’autres pas du tout, avec parfois plus de réactions qu’avec un chat sibérien. Leur pelage plus fin et moins fourni pourrait faciliter une certaine dispersion rapide des allergènes, alors que le manteau dense du sibérien les “piège” en partie avant qu’ils ne soient remis en suspension lors du brossage ou du ménage. Si vous hésitez entre un Balinais et un chat sibérien hypoallergénique, il est donc judicieux d’organiser des tests d’exposition distincts, car votre tolérance pourra être très différente d’une race à l’autre.
Cornish rex et devon rex : impact de la structure du pelage sur la dispersion allergénique
Les races Rex, comme le Cornish Rex et le Devon Rex, se caractérisent par un pelage bouclé, souvent plus court et plus clairsemé que celui des autres chats. Cette particularité a conduit à l’idée qu’elles seraient hypoallergéniques, car elles perdraient moins de poils et, par conséquent, disperseraient moins d’allergènes dans l’environnement. En réalité, ces chats produisent des quantités de Fel d 1 comparables à celles des chats européens à poil court, mais la façon dont leurs poils retiennent ou relâchent la salive séchée et les squames peut effectivement modifier la dynamique de diffusion.
Pour certaines personnes faiblement allergiques, le Cornish Rex ou le Devon Rex peut être mieux toléré, surtout si l’on maintient un toilettage régulier et une bonne hygiène de la maison. Cependant, de nombreux allergologues rapportent aussi des échecs, avec des symptômes identiques à ceux déclenchés par un chat “classique”. À la différence du chat sibérien, dont le faible taux moyen de Fel d 1 constitue un avantage biologique mesurable, l’argument hypoallergénique des races Rex repose davantage sur des considérations de gestion des poils et des squames. Là encore, un test personnalisé reste incontournable avant toute adoption.
Sphynx et peterbald : absence de fourrure versus production d’allergènes
Le Sphynx et le Peterbald, chats à la peau nue ou quasi nue, semblent à première vue être des candidats idéaux pour les personnes allergiques, puisqu’ils n’ont (presque) pas de poils. Pourtant, de nombreuses études et retours de terrain montrent qu’ils ne sont pas systématiquement mieux tolérés que les autres races. La raison est simple : l’allergène principal, Fel d 1, est produit par les glandes salivaires et sébacées, non par le poil lui-même. L’absence de fourrure ne diminue donc pas la production d’allergène, elle change seulement la manière dont il est distribué dans l’environnement.
Chez ces chats nus, la peau est directement en contact avec les surfaces (canapé, lit, vêtements) et se couvre de sébum contenant Fel d 1. Sans barrière pileuse, les allergènes sont facilement transférés sur tout ce que l’animal touche, un peu comme si vous appliquiez une fine couche de lotion sur chaque objet où il se couche. Des bains réguliers peuvent réduire temporairement la charge allergénique à la surface de la peau, mais celle-ci remonte vite. À l’inverse, un chat sibérien bien brossé, vivant dans un environnement géré de façon rigoureuse, peut finalement être mieux toléré qu’un Sphynx, malgré son apparence “très poilu”.
Protocoles de gestion environnementale pour cohabitation avec un chat sibérien
Même si le chat sibérien est réputé hypoallergénique, la gestion de l’environnement reste déterminante pour limiter les réactions. On peut comparer Fel d 1 à une fine poussière invisible : moins le chat en produit, mieux c’est, mais si cette poussière n’est jamais nettoyée et qu’elle circule librement dans l’air, les symptômes finiront par apparaître. Mettre en place un véritable protocole de réduction des allergènes, dès l’arrivée du chaton sibérien, permet d’augmenter vos chances de cohabitation réussie, surtout si vous êtes déjà sensibilisé.
Systèmes de filtration HEPA et purificateurs d’air à particules allergéniques
Les filtres HEPA (High Efficiency Particulate Air) sont capables de capturer jusqu’à 99,97 % des particules en suspension de taille supérieure à 0,3 micron, ce qui inclut une grande partie des particules de Fel d 1 véhiculées par la poussière. Installer un purificateur d’air muni d’un filtre HEPA dans les pièces de vie principales (salon, chambre à coucher si le chat y a accès) permet de réduire de façon mesurable la concentration d’allergènes aéroportés. Certains appareils combinent filtration HEPA, charbon actif et parfois ionisation, mais c’est bien la technologie HEPA qui reste la plus pertinente dans le cadre de l’allergie au chat sibérien.
Pour être efficace, le système doit être dimensionné à la surface de la pièce et utilisé plusieurs heures par jour, idéalement en continu en période de forte exposition (mue, visites prolongées avec le chat dans la même pièce). Il peut être utile d’associer cette filtration à une bonne ventilation naturelle : ouvrir largement les fenêtres quelques minutes par jour permet de renouveler l’air intérieur et de diluer la concentration en allergènes. Si vous travaillez beaucoup à domicile, placer un purificateur HEPA dans votre bureau ou près de votre poste de travail peut aussi réduire la fatigue allergique et les maux de tête liés à une exposition chronique.
Fréquence de toilettage et shampooings hypoallergéniques spécifiques
Le toilettage du chat sibérien joue un double rôle : il prévient les nœuds et les boules de poils, et il contribue à maîtriser la quantité de Fel d 1 accumulée dans son pelage. Un brossage une à deux fois par semaine en dehors des périodes de mue, puis quotidien lors des mues saisonnières, permet d’éliminer une grande partie des poils morts et des squames avant qu’ils ne se dispersent dans la maison. Pour limiter la remise en suspension des allergènes pendant le brossage, il est conseillé d’humidifier légèrement le pelage avec un gant humide ou un spray spécifique, puis d’effectuer la séance dans une pièce bien ventilée.
Les bains, avec un shampooing doux formulé pour chats, peuvent ponctuellement réduire la charge allergénique en éliminant le sébum et une partie de Fel d 1 présent en surface. Toutefois, ils ne doivent pas être trop fréquents pour ne pas altérer le film hydrolipidique de la peau ni stresser l’animal. Une fréquence de toutes les 4 à 8 semaines, en fonction de la tolérance du chat et des recommandations de votre vétérinaire, peut être un bon compromis pour les foyers très allergiques. Si vous êtes vous-même allergique, confiez de préférence le toilettage intensif (bain, brossage prolongé) à un proche non sensibilisé, ou portez un masque FFP2 et des gants pour réduire votre exposition directe.
Aménagement des zones de restriction et textiles anti-acariens
Mettre en place des “zones refuge” sans allergènes est une stratégie essentielle, surtout en cas d’allergie modérée à sévère. La chambre à coucher, en particulier, devrait idéalement rester interdite au chat sibérien, afin de préserver un espace où vos voies respiratoires peuvent se reposer plusieurs heures par nuit. Installer des housses anti-acariens sur le matelas, l’oreiller et la couette limite l’accumulation simultanée de poussières et d’allergènes félins dans la literie. Même si ces housses sont conçues pour les acariens, leur structure tissée très fine agit aussi comme une barrière partielle contre les particules porteuses de Fel d 1.
Dans les autres pièces, il peut être judicieux de réduire les textiles “pièges à allergènes” : moquettes épaisses, rideaux lourds, tapis difficiles à laver. Privilégiez des revêtements de sol lisses (parquet, carrelage, vinyle) faciles à nettoyer, et des plaids ou housses lavables à 60 °C sur les canapés et fauteuils, que vous pourrez changer régulièrement. En pratique, cela ne signifie pas vivre dans un environnement stérile ou impersonnel, mais plutôt choisir des matériaux et des aménagements qui facilitent l’entretien et limitent la charge allergénique globale, afin de profiter au mieux de la présence de votre chat sibérien.
Traitements immunothérapeutiques et approches pharmacologiques
Malgré toutes les précautions environnementales et le choix d’un chat sibérien hypoallergénique, il arrive que des symptômes persistent, en particulier chez les personnes très sensibilisées. Dans ce cas, un arsenal thérapeutique existe pour réduire l’intensité des réactions et améliorer le confort de vie. On distingue deux grandes approches : les traitements symptomatiques, qui atténuent les effets de l’allergie au quotidien, et l’immunothérapie spécifique, qui vise à modifier en profondeur la réponse immunitaire à long terme.
Les traitements pharmacologiques les plus couramment prescrits sont les antihistaminiques oraux, les sprays nasaux corticoïdes et, en cas d’asthme, les bronchodilatateurs et corticoïdes inhalés. Ces médicaments n’agissent pas sur la cause de l’allergie, mais bloquent ou modulent les médiateurs impliqués (histamine, inflammation bronchique, œdème des muqueuses). Utilisés de manière régulière, ils permettent à de nombreuses personnes allergiques de vivre avec un chat sibérien relativement confortablement, à condition que l’exposition environnementale soit par ailleurs maîtrisée.
L’immunothérapie spécifique, souvent appelée “désensibilisation”, consiste à administrer progressivement des doses croissantes d’extraits allergéniques félins, par voie sublinguale (gouttes ou comprimés) ou sous-cutanée (injections). L’objectif est d’induire une tolérance immunologique en modifiant l’équilibre entre les différentes sous-populations de lymphocytes T et en réduisant la production d’IgE spécifiques. Ce traitement s’étale généralement sur plusieurs années, mais il peut aboutir à une diminution durable de la réactivité, voire à une quasi-disparition des symptômes chez certains patients.
Pour une personne envisageant l’adoption d’un chat sibérien malgré une allergie avérée, discuter de l’option d’immunothérapie avec un allergologue est particulièrement pertinent. Dans certains cas, le spécialiste peut recommander de débuter la désensibilisation avant même l’arrivée du chaton, afin de “préparer” le système immunitaire. De plus, il existe des stratégies combinées, associant pharmacothérapie, immunothérapie et mesures environnementales, qui maximisent les chances de réussite et réduisent le risque de devoir se séparer de l’animal en cas de symptômes trop importants.
Élevages certifiés et tests génétiques de dépistage du taux de fel d 1
Le choix de l’élevage joue un rôle déterminant lorsque l’on est allergique et que l’on souhaite adopter un chat sibérien. Un élevage responsable ne se contente pas de produire des chatons conformes au standard morphologique : il s’intéresse aussi à la santé, au caractère et, de plus en plus, au potentiel allergénique de ses lignées. Certains éleveurs collaborent avec des laboratoires pour mesurer les niveaux de Fel d 1 dans la salive ou le pelage de leurs reproducteurs, et sélectionnent ceux qui présentent les taux les plus faibles afin d’augmenter statistiquement les chances d’obtenir des chatons hypoallergéniques.
Les tests génétiques spécifiquement dédiés à la prédiction du taux de Fel d 1 restent pour l’instant en phase de recherche et ne sont pas standardisés ni largement accessibles. Cependant, les analyses ADN de santé (recherche de cardiomyopathie hypertrophique, autres maladies héréditaires) et le suivi clinique régulier des reproducteurs sont déjà un gage de sérieux. Un bon élevage de chats sibériens hypoallergéniques doit par ailleurs accepter et même encourager les visites test des personnes allergiques, en organisant des rencontres progressives avec plusieurs chats adultes et, si possible, avec le chaton pressenti.
En pratique, comment choisir ? Privilégiez les chatteries qui :
- fournissent des informations transparentes sur les niveaux de Fel d 1 de leurs lignées lorsqu’ils sont connus,
- proposent un protocole de test d’allergie structuré (séances à la chatterie, éventuellement test à domicile),
- expliquent clairement que “hypoallergénique” ne signifie pas “sans risque” et ne promettent jamais une absence totale de réaction,
- assurent un suivi après adoption, avec la possibilité de conseils personnalisés en cas de difficultés allergiques.
Vous pouvez également demander à l’éleveur depuis combien de temps il travaille avec des familles allergiques et quel est son taux de “succès” déclaré (nombre de cohabitations réussies sans retour de chat). Bien entendu, même avec toutes ces précautions, une part d’incertitude subsiste toujours, car chaque organisme réagit différemment. Mais en combinant le choix d’un chat sibérien issu de lignées à faible Fel d 1, un élevage sérieux et un protocole d’aménagement de votre environnement, vous mettez toutes les chances de votre côté pour vivre durablement avec ce félin majestueux malgré votre allergie.